jeudi 29 avril 2010

Céline et la campagne

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Céline fut probablement notre dernier grand styliste français dans notre littérature nationale. Avec une découpe des phrases à la hache, la multiplication des signes de ponctuation comme autant coups de poing, Louis-Ferdinand a imposé sa marque de fabrique. Et cela dès son premier roman, Voyage au bout de la nuit.  C'est la gouaille du peuple, l'oralité des faubourgs.

Avant de se caricaturer, car de livre en livre l'ancien docteur Destouches a poussé son style jusqu'à son paroxysme, quitte à devenir parfois lourd et ennuyeux, Céline est l'auteur de quelques saillies remarquables. L'extrait que je tenais à vous faire partager aujourd'hui est cette fameuse description de la campagne que livre le personnage principal du Voyage au bout de la nuit. En quelques mots, Céline nous dit tout son dégoût de la vie, des gens. Formidable porte-voix des "sans grades", Ferdinand reste un monument qu'il serait bête d'ignorer pour des raisons idéologiques.


 Rien ne vaut la compagnie des chats et des chiens

"La race, ce que t'appelles comme ça, c'est seulement ce grand ramassis de miteux dans mon genre, chassieux, puceux, transis, qui ont échoué ici poursuivis par la faim, la peste, les tumeurs et le froid, venus vaincus des quatre coins du monde. Ils ne pouvaient pas aller plus loin à cause de la mer. C'est ça, la France, et puis, c'est ça les Français. (...) Arthur, l'amour, c'est l'infini à la portée des caniches, et j'ai ma dignité, moi ! que je lui réponds (...) Moi, d'abord, la campagne, faut que je le dise tout de suite, j'ai jamais pu la sentir, je l'ai toujours trouvée triste, sous ses bourbiers qui n'en finissent pas, ses maisons où les gens n'y sont jamais et ces chemins qui ne vont nulle part. (...) L'attendrissement sur le sort, sur la condition du miteux..."

Voyage au bout de la nuit, Louis-Ferdinand Céline

mardi 27 avril 2010

Réflexion - La confusion des mots et des concepts

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C'est probablement la médiocrité intellectuelle ambiante qui me pousse à dresser un tel constat. Les Français font perpétuellement des confusions de mots, et à travers ces mots, de concepts. Signe suprême d'une ignorance ravageuse, les incultes posent fièrement avec sous le bras le mot récemment appris histoire de montrer à qui veut bien les regarder l'étendu de leur savoir. Je m'explique.

Lorsqu'on est jeune, fougueux, et un peu con sur les bords, on n'a bien souvent à la bouche que le mot romantisme. Les médias, collant toujours au plus près des aspirations du public, ne cessent d'ailleurs d'utiliser eux aussi ce concept du romantisme à tord et à travers. C'est que notre époque a tendance à galvauder les mots. Le romantisme, ce n'est pas un bouquet de roses rouges qu'on vient d'acheter chez les fleuristes moyennant quelques euros. Ce n'est pas un dîner aux chandelles qui coûte la peau du cul dans un restaurant. Le romantisme à la française, il faut donc relire Chateaubriand ou Musset, c'est la souffrance (car le désir est souffrance), la mélancolie, le mal de bide. Une phrase de Chateaubriand dans ses Mémoires d'outre-tombe résume parfaitement ce qu'est ce romantisme made in hexagone :

Il me souille avec leur bêtise

" Je me suis rencontré entre deux siècles comme au confluent de deux fleuves ; j'ai plongé dans leurs eaux troublées, m'éloignant à regret du vieux rivage où je suis né, nageant avec espérance vers une rive inconnue."

Pour rester dans le même esprit, il faut savoir que les jeunes idiotes qui écrivent, en entourant le tout de cœurs boursouflés de naïveté, sur leur agenda "Le cœur a ses raisons que la raison ne connait pas" n'ont pas compris Les Pensées de Pascal. Car chez Pascal le cœur ce n'est pas cette pompe à sucre vissée dans votre buffet, c'est la foi. Pascal oppose la foi à la raison, la foi étant au-delà du raisonnement intellectuel, laborieux et minutieux.

La foi les amis, la foi !

Autre concept incompris, l'épicurisme. Si vous croisez quelqu'un, au cours d'une soirée ou chez le boulanger mais c'est plus rare, qui vous dit "Moi j'aime bien manger, boire, je suis un épicurien". Soyez certain d'une chose, ce couard n'a jamais lu Épicure. Il faudra alors lui conseiller de se procurer Les Lettres d'Épicure pour deux ou trois euros dans sa version poche. Le philosophie de l'antiquité définit sa notion de la fête comme un repas incroyablement austère. Un peu de pain, du fromage et au lit. Si l'on veut parler du plaisir de bien manger et de bien boire, il faut se définir comme un partisan de Dionysos et aller du côté de la mythologie.

 Je ne suis pas Dionysos bordel de merde !

Enfin, pour clore cette petite énumération, si votre ami récidive, histoire de légitimer les restants de culture qui lui collent encore au fond du cerveau, en vous disant qu'il est athée et donc cartésien faites moi plaisir. Collez lui donc un beau coup de pied au cul. Une des premières choses que démontre Descartes dès le début de son Discours de la méthode, c'est que Dieu existe.

Vraiment, y a des claques qui se perdent.

Réflexion - Les bons et les mauvais livres

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Notre époque a cela d'étonnant qu'elle est perpétuellement dans la négation de la critique. Au développement raisonné et intelligent de l'initié, on préfère l'ectoplasme modulable à souhait qui hoche tranquillement de la tête en disant "J'aime" ou "J'aime pas". Autrement dit, la subjectivité toute puissante éradiquant la critique constructive. L'émotion plutôt que la raison.

 Marc n'est qu'amour

Pourtant, on peut dire qu'un livre est mauvais, ou bon. On peut le démontrer. En abordant ce sujet, je me souviens que lors d'une discussion en classe, cette année, je me suis heurté à l'incompréhension de pas mal de mes camarades. Une de mes collègues m'a même dit, "Qui est-on pour juger ?". La réponse est simple, un initié. Par ma culture, le travail effectué sur des œuvres, ma capacité à réfléchir je peux dire qu'un Marc Levy est une merde infâme. Car, les personnages sont des stéréotypes grossiers (contrairement à un Djian qui les déforme avec malice), des histoires qui se confondent dans le pathos le plus mièvre qu'il soit doublées d'un style à peine digne de la prose d'un enfant de cinq ans.

En lisant il y a peu Comme un roman de Daniel Pennac, je suis tombé sur un passage expliquant merveilleusement bien cette distinction que l'on doit opérer entre les bons et les mauvais livres.

 Le vilain romancier qui ose réhabiliter la critique

"Pour être bref, taillons très large : disons qu'il existe ce que j'appellerai une "littérature industrielle" qui se contente de reproduire à l'infini les mêmes types de récits, débite du stéréotype à la chaîne, fait commerce de bons sentiments et de sensations fortes, saute sur tous les prétextes offerts par l'actualité pour pondre une fiction de circonstance, se livre à des "études de marché" pour fourguer, selon la "conjoncture", tel type de "produit" censé enflammer telle catégorie de lecteurs.

Voilà, à coup sûr, de mauvais romans.

Pourquoi ? Parce qu'ils ne relèvent pas de la création mais de la reproduction de "formes" préétablies, parce qu'ils sont une entreprise de simplification (c'est-à-dire de mensonge), quand le roman est art de vérité (c'est-à-dire de complexité), parce qu'à flatter nos automatismes ils endorment notre curiosité, enfin et surtout parce que l'auteur ne s'y trouve pas, ni la réalité qu'il prétend nous décrire.

Bref, une littérature du "prêt à jouir", faite au moule et qui aimerait nous ficeler dans le moule."

Merci Daniel.

lundi 26 avril 2010

Ouverture du blog

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Emil fait la gueule

Il fallait bien que je me jette à l'eau un moment donné. C'est décidé, j'ouvre mon propre blog. Un blog consacré à la littérature et au cinéma. Je poursuis toujours l'aventure levelfive.fr mais l'envie se faisait sentir de parler de mes deux autres grandes passions.

Du coup, après des jours, des semaines, que dis-je, des mois de réflexion j'ai décidé de créer ce modeste blog. Pourquoi ce titre ? Les amateurs de Cioran le sauront. Une petite explication pour les autres. Bréviaire des vaincus est le nom d'un des ouvrages du philosophe dépressif. Un titre brillant qui claque comme un fouet en cuir sur le cul d'une donzelle.

Mais attention, point de pédanterie ici, le programme sera simple et direct. Rédiger des critiques de films, de livres et vous raconter les étapes de la création d'un livre car oui, chers lecteurs, j'écris depuis déjà quelques années. Mais de projets avortés en résultats médiocres, j'avais abandonné l'idée même d'écrire. Revigorer depuis quelques jours, je me dis qu'il serait de bon ton de m'y remettre et de vous livrer cette douce progression jusqu'à, pourquoi pas, une publication bien réelle.

Il va enfin l'écrire son livre de merde !!!

L'idée de laisser les plus motivés écrire sur ce modeste blog me traverse également l'esprit. Mais n'allons pas trop vite.

Le bréviaire des vaincus s'offre à vous pour son premier jour d'existence.