jeudi 25 juillet 2013

Julien Blanc-Gras et les people

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Des jeunes auteurs français intéressants, drôles et pertinents, il faut bien le dire, c’est rare. Julien Blanc-Gras, sans être une pointure stylistique, un analyste très fin, demeure un romancier atypique dans le paysage actuel. S’attaquant au libéralisme et à ses déclinaisons, l’homme prend un malin plaisir à détricoter, à travers des écrits singuliers, son époque.

Dans Comment devenir un dieu vivant, Julien Blanc-Gras imagine une fin du monde inéluctable. Avant l’avènement de celle-ci, le narrateur, futur dieu vivant, met en place un discours qui ne tardera pas à devenir un phénomène de mode. L’idée, non pas empêcher la fin du monde mais l’accompagner, qu’elle se fasse « en douceur ». Dans l’extrait ci-dessous, le romancier propose une lecture, pas foncièrement originale, mais assez pertinente, des people. Des divinités permettant l’instauration de rites fédérateurs et rassurants.

« Dieu est rusé. Son génie, c’est de ressusciter sous des formes incongrues à la faveur du chaos (sectes, kamikazes, papes allemands…). Prenez le peopolisme, cet avatar clinquant de la pop culture. Le culte le plus flagrant de l’époque. Chaque semaine, les magazines où l’on apprend que Johnny Deep aime le brocoli sont plus lus que la Bible ou le Coran. Cherchez : quel leader religieux est plus influent que Madonna ? Le peopolisme réenchante un monde qui en a besoin, lui propose une magie, certes grotesque, mais rudement efficace. A travers des icônes et des rites, la foule exaltée crée son lien avec une sphère supérieure. Les people, c’est un clergé qui habite l’Olympe. Nos dieux ont recours à la chirurgie esthétique et ils mangent bio. Parfois, ils sauvent un enfant. Le reste du temps, ils nous racontent des histoires qui apaisent les nôtres. »

mercredi 10 juillet 2013

Bernanos et la spéculation boursière

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Redirection en htm
Bernanos est un écrivain fascinant pour sa trajectoire, du franquisme à l’anti-franquisme pour finir dans les bras de la religion, voire du mysticisme. J’en avais parlé lorsqu’il était question de l’uniformisation des mœurs.

La facette que j’aimerais aujourd’hui explorer n’est pas celle du mystique, ou de l’homme ayant une grande foi dans la religion et ses dogmes, mais celle du politicien ou de l’économiste. De grands mots qui peuvent prêter à rire lorsque l’on sait que Bernanos reste avant tout un écrivain, qu’il n’a pas été formé par quelques écoles prestigieuses.


Il n’en demeure pas moins que Bernanos, en son temps, avait déjà senti le danger de la spéculation bancaire (tout comme Zola l’avait évoqué dans L’Argent, encore avant lui. Preuve que le clivage "gauche-droite" n'a aucun sens et que des hommes avec des sensibilités politiques différentes peuvent se retrouver sur certains points cruciaux, dans l'intérêt général.). Dans son livre La Grande peur des bien-pensants, Bernanos analyse de la pensée de Drumont, il évoque dans un passage le problème de la spéculation qu’il juge sérieux et développe sa pensée pour démontrer qu’il ne s’agit pas là d’une attaque des riches (credo idiot et simplificateur au possible de l’extrême-gauche actuelle), de grandes sociétés françaises furent riches et développèrent des régions économiquement parlant en embauchant, mais le pouvoir que confère la spéculation.

Bernanos oppose ainsi deux notions : le pouvoir et la propriété. L’écrivain croit en la propriété, il la respecte. Chacun peut posséder : un bout de terre, une maison, etc. La spéculation sort du cadre de la propriété puisqu’elle se transforme en pouvoir déstabilisateur. Déstabilisateur pour les nations et pour les peuples.


« C’est une amère plaisanterie que de prétendre qu’en parlant ainsi, j’attaque la Propriété. J’accepte très bien, et la plupart des ouvriers acceptent très bien avec moi, qu’il y ait des millionnaires. Seulement, la question change lorsqu’on se trouve en présence de gens qui, comme les Camondo, les Cahen d’Anvers, les Bamberger, les Ephrussi, les Heine, les Mallet, les Bichoffsheim, ont 200, 300, 600 millions acquis par la spéculation, qui ne se servent de ces millions que pour en acquérir d’autres, agiotent sans cesse, troublent perpétuellement le pays par des coups de Bourse.

Ce n’est plus une propriété, c’est un pouvoir, et il faut le supprimer quand il gêne. Le comte d’Armagnac était incontestablement propriétaire par droit d’héritage du comté d’Armagnac, et Louis XI n’a pas hésité une minute à lui confisquer son comté. Louis XI n’admettrait pas plus qu’un Rotschild ait trop de milliards qu’il n’admettait qu’un seigneur féodal eût trop d’homme d’armes chez lui. Le pouvoir d’un financier qui a trois milliards est autrement redoutable que le ne serait ce pouvoir d’un seigneur disposant de quelques milliers d’homme d’armes. ».

Bernanos a subtilement compris le pouvoir de la spéculation, pouvoir hautement plus redoutable que celui des armes. Les forces d’attaque ne portent plus de cottes de mailles mais sont des traders spéculant sans cesse, s'enrichissant sur la dette des états (Goldman Sachs avec la Grèce), obligeant des peuples à vendre des parties de leur terre (les îles grecques vendues aux plus offrants comme de riches émirs). Bernanos nous montre par une telle sortie que l’on peut être croyant et garder les pieds profondément ancrés dans la réalité la plus immédiate.


Bernanos, La Grande peur des bien-pensants

vendredi 5 juillet 2013

Naissance officielle du bréviaire et projets

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Le bréviaire prend petit à petit forme dans le monde de l'édition digitale. Tout d'abord, je tiens à vous annoncer que je suis officiellement au Répertoire des Entreprises et des Etablissements (SIRENE). Je viens de recevoir aujourd'hui un certificat d'inscription. Numéro de Siret, code APE définissant l'activité principale (Edition de livres), la totale. Bref, je suis très fier car ce petit papier est le commencement, j'espère, d'une belle aventure.

Du coup, j'en profite pour faire le point sur les projets. Le bréviaire va s'organiser autour de collections afin de ne pas vous livrer en vrac des livres numériques. Je compte publier des auteurs contemporains en vous proposant leur premier roman, recueil de poèmes, essai, etc. Le premier roman s’intitule Bad Bite, une histoire délirante et drôle d'un homme qui va vivre une histoire tragique avec sa maîtresse. De cette terrible aventure, il en sortira machiavélique et stratégique, profitant de sa transformation pour se livrer plein et entier à la société du spectacle, véritable bête de foire. Je n'en dis pas plus, je compte tout de même vous livrer des extraits bientôt. Difficile de définir une date, je pense publier ce roman début août si possible. Il me reste cent pages à lire avant le renvoi à l'auteur pour les corrections. Après, il faudra bien entendu proposer des versions lisibles sur le plus de supports possibles. Bref, début/mi-août, ça me semble faisable.

Sinon, un autre romancier est prévu pour la fin de l'année. Je risque d'avoir son manuscrit en septembre. C'est très étonnant, entre la poésie et la poésie. Un soupçon de Céline et de moraliste pour la pensée de l'oeuvre, ça risque de détoner.
Enfin, en dehors de cette première collection "premiers romans" (titre provisoire), je vais vous proposer une collection intitulée Pulps. On y trouvera des romans de science-fiction ou de polars hard-boiled traduits, pour la première fois, de l'américain vers le français. 
Il y aura des romans policiers : The Death of a celebrity d'Hulbert Footner et The Woman Aroused d'Ed Lacy (du détective hard-boiled et de la femme fatale). De la science-fiction avec Interplanetary Hunter d'Arthur K. Barnes, l'histoire d'une jeune demoiselle parcourant l'espace pour collecter des espaces rares pour le zoo de Londres (kitsch à souhait, joyeusement loufoque). Et The Time Axis d'Henry Kuttner.
J'évoquerai tout cela plus en détail plus tard. Donc, quatre romans en cours de traduction, deux romans originaux sur le gril. 

J'oubliais, je suis également en contact avec des illustrateurs pour proposer des versions enrichies des œuvres (un poil plus cher). Des illustrations en couleurs, une vingtaine à chaque fois. Il y aura probablement le dessinateur Ima et la jeune illustratrice Marine Calandra. Ils travailleront probablement (ça se dessine donc...) sur des classiques oubliés. Ces derniers, œuvres anciennes de qualité mais oubliées, constitueront une autre collection. Belle mise en page, lisible sur plein de supports et avec des illustrations. Pour le moment, j'ai listé Mémoire d'un suicidé de Maxime du Camp, beau roman romantique sur un jeune homme plein d'illusions et de tourments expliquant via des notes les raisons de son suicide. Et Le Péril bleu de Maurice Renard, de la science-fiction française absolument étonnante (mélange science-fiction et folklores régionaux). 


A bientôt

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mardi 2 juillet 2013

Victor Hugo, la misère et les politiciens

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Il est toujours délicat de tenter de résumer Victor Hugo. Romancier, poète, polémiste, Hugo s’est imposé dans le paysage littéraire français de son époque du fait de son talent, c’est indéniable, mais également de la masse de travail abattue. Hugo est grand car Hugo écrit énormément, écrit sur tout et passe les décennies en changeant de visage.

Le Hugo romantique de Ruy Blas n’est plus le Hugo polémique de Napoléon le petit et pas encore celui des grandes fresques sociales comme Les Misérables. Le Hugo dont je veux vous parler aujourd’hui est proche du Hugo de Valjean et Cosette. 


Dans L’Homme qui rit, le romancier s’essaie un peu à la peinture réaliste de la société anglaise de la fin du XVIIème, début XVIIIème. Mais là n’est pas l’unique but d’Hugo. Hugo n’est pas Zola, il ne compile pas ni ne traîne dans les rues de la Goutte d’Or pour retranscrire l’odeur du peuple dans ses romans, Hugo est un éternel romantique, plus amoureux du lyrisme que de l’exactitude des sciences.

Du coup, quand Hugo parle du peuple, il ne cherche pas comme Zola à expliquer scientifiquement les conséquences par des causes (le fameux déterminisme qui repose sur l’hérédité et le milieu que Zola détaille dans Le Docteur Pascal) mais à s’emporter contre des conséquences qu’il observe et déplore. Hugo reste un sentimental, sa vision est toujours un peu grossière mais elle est sincère, naïve mais sincère.



Si Zola raillait Hugo dans Le Roman expérimental, il ne faudrait pas jeter trop rapidement la critique politique d’Hugo. En effet, la force du romancier, c’est son emphase. Sa capacité à atteindre par ses mots la grandiloquence. Le discours de Gwynplaine à la chambre des Lords à la fin du roman L’Homme qui rit symbolise parfaitement son goût pour les envolées lyriques, l’alliance du cri de révolte et de sa poésie, parfois jugée ampoulée par certains. 

Gwynplaine, orphelin dont le visage a été mutilé (un sourire permanent trône sur son visage) apprend après avoir vagabondé tout en jouant dans une troupe itinérante qu’il est un noble. Accédant au trône en Angleterre, il s’élance à la chambre des Lords dans une défense du peuple, une attaque frontale des hommes politiques qui lui font face (imbus d’eux-mêmes, inefficaces) et une dénonciation de la misère.



La sincérité d’Hugo est sa force même si son discours ne se veut pas technique ni rigoureux. C’est un cri. Un cri que l’on pourrait renouveler tant ces Lords que Gwynplaine tance font penser à nos ventripotents français ou européens. Ces députés européens qui pointent le matin pour toucher leur enveloppe avant de repartir aussi sec se soucient-ils encore du peuple ? Nos députés français qui veulent réformer les régimes spéciaux, toujours à cause de cette sacro-sainte crise et dette nationale, mais jamais en appliquant la rigueur à leur régime font-il encore corps avec le peule qu’ils représentent ? Encore aujourd’hui, il y a de quoi être en colère, à cette époque où la rigueur sévit et détruit, à l’heure où la Grèce en arrive à vendre ses îles, ses ports, à baisser le salaire de ses fonctionnaires. Hugo écrirait probablement, s’il était encore de notre monde, de vibrants plaidoyers pour défendre le peuple. 

« - Alors, cria-t-il, vous insultez la misère. Silence, pairs d’Angleterre ! juges, écoutez la plaidoirie. Oh ! je vous en conjure, ayez pitié ! Pitié pour qui ? Pitié pour vous. Qui est en danger ? C’est vous. Est-ce que vous ne voyez pas que vous êtes dans une balance et qu’il y a dans un plateau votre puissance et dans l’autre votre responsabilité ? Dieu vous pèse. Oh ! ne riez pas. Méditez. Cette oscillation de la balance de Dieu, c’est le tremblement de la conscience. Vous n’êtes pas méchants. Vous êtes des hommes comme les autres, ni meilleurs, ni pires. Vous vous croyez des dieux, soyez malades demain, et regardez frissonner dans la fièvre votre divinité. Nous nous valons tous. Je m’adresse aux esprits honnêtes, il y en a ici ; je m’adresse aux intelligences élevées, il y en a ; je m’adresse aux âmes généreuses, il y en a. Vous êtes pères, fils et frères, donc vous êtes souvent attendris. Celui de vous qui a regardé ce matin le réveil de son petit enfant est bon. Les cœurs sont les mêmes. L’humanité n’est pas autre chose qu’un cœur. Entre ceux qui oppriment et ceux qui sont opprimés, il n’y a de différence que l’endroit où ils sont situés. Vos pieds marchent sur des têtes, ce n’est pas votre faute. C’est la faute de la Babel sociale. Construction manquée, toute en surplombs. Un étage accable l’autre. Ecoutez-moi, je vais vous dire. Oh ! puisque vous êtes puissants, soyez fraternels ; puisque vous êtes grands, soyez doux. Si vous saviez ce que j’ai vu ! Hélas ! en bas, quel tourment ! Le genre humain est au cachot. Que de damnés, qui sont des innocents ! Le jour manque, l’air manque, la vertu manque ; on n’espère pas ; et, ce qui est redoutable, on attend. Rendez-vous compte de ces détresses. Il y a des êtres qui vivent dans la mort. Il y a des petites filles qui commencent à huit ans par la prostitution et qui finissent à vingt ans par la vieillesse. Quant aux sévérités pénales, elles sont épouvantables. Je parle un peu au hasard, et je ne choisis pas. Je dis ce qui me vient à l’esprit. Pas plus tard qu’hier, moi qui suis ici, j’ai vu un homme enchaîné et nu, avec des pierres sur le ventre, expirer dans la torture. Savez-vous cela ? non. Si vous saviez-ce qui se passe, aucun de vous n’oserait être heureux. »

L’Homme qui rit, Victor Hugo 


 
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mardi 25 juin 2013

"L'art pour l'Art" de Théophile Gautier, suite par Celim

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Après avoir constaté des interventions très pertinentes des lecteurs du bréviaire, j'ai décidé de poster les plus intéressantes afin de donner à tous de bons compléments par rapport à des questions abordées ici et là dans divers billets. La réponse ci-dessous est une réaction d'un lecteur, Celim, après la diffusion d'un billet consacré à Théophile Gautier et sa conception de "L'Art pour l'Art" dans la préface du roman Mademoiselle de Maupin

"D'abord, sur la question de l'utilité de l'art. Celle-ci me semble récente. Platon et Socrate s'en fichent, par exemple, et excluent le poète de la cité car il corrompt. Enfin, disons que la mimesis qu'il propose ne correspond pas à la pratique qu'attendent les deux compères de la part des jeunes des cités. La question ne se pose pas. De même, les mystères du moyen-âge transmettaient la croyance en dieu, le théâtre élisabéthain un certain ordonnancement cosmogonique. Passons rapidement sur les cahiers bleus colportés dans les campagnes françaises et dont Perrault tira ses contes. Soulignons le rôle de la peinture dans la transmission des idées (le passage du plat à la perspective vous en dit plus sur une civilisation et sa pensée que mille ouvrages) ou l'importance de l'oralité dans la transmission du savoir. L'art est.

Schéma du théâtre élizabéthain

La question de l'utilité d'icelui-ci (oui, bon, je vous présente mes excuses pour ce démonstratif foireux) me semble apparaître au XIXème siècle, autour du Parnasse, mais aussi du Réalisme. Pour affiner encore un peu, je dirais que je n'ai pas aperçu cette question dans l'art anglais. De là à dire qu'il s'agit d'une question fondamentalement continentale ou latine, il y a un pas que je ne franchirai pas.

Sur Twilight [cette partie répondait à un lecteur qui stipulait qu'un tel roman n'était pas de la littérature, on glissait ainsi de l'utilité de l'art à la question de la littérarité des fictions textuelles]. J'avais écrit quelque chose de vachement intéressant là-dessus en commentaire d'un de mes articles, mais il a disparu dans la frénésie destructrice. 

Il faudrait, en accord avec G. Genette et Borges (et dans une moindre mesure Barthes) faire disparaître ce "L" majuscule de la Littérature. Il n'existe pas de Littérature mais la littérature voire, plus exact, des littératures. Une notice d'utilisation pour une montre Casio fait partie, au même titre que la Recherche du Temps Perdu, de la littérature, de la grande bibliothèque de Babel où gisent toutes les choses écrites présentes, passées et à venir.
Gérard Genette

Ce qui pose la question, sous-jacente dans les commentaires précédents, de la relativité de l'art.

En fait, ce que Gauthier me semble faire, c'est tenter de donner une valeur précise à l'art. En lui donnant une utilité ou, précisément, en l'excluant du champ du l'utile (Le tour conceptuel est simple, mais remarquable. Depuis Marx, la valeur est mesurée par l'utilité d'une chose dans le cycle capitaliste. Le temps de travail est mesuré à l'aune de ce qu'il rapporte. L'ouvrier aussi. Le temps de loisir permet la reproduction de la force de travail, je ne vous ferai pas l'injure de balancer la vulgate. Cela dit. Dans ce cycle capitaliste, la rareté d'une chose conditionne sa valeur [Et c'est le cas depuis la mondialisation du commerce, dès le XVIème siècle si je ne me trompe pas ]. De sorte que si l'art est inutile, il sort de ce cycle. Mais pas tant que cela. En devenant inutile, il devient la plus grande des richesses. Le temps, la société capitaliste est une société où tout est investi. La nullité devient donc la suprême récompense. L'oisiveté, en somme, est le but ultime. Donc, Gauthier, en désinvestissant l'art de tout autre valeur que sa valeur intrinsèque (art pour art) le place comme le parangon des valeurs, celui à l'aune duquel tout doit être pesé), Gauthier fait de l'art la valeur suprême.

Il est donc hors de la relativité de l'art, il le mesure par rapport au reste et le pose comme valeur fondamentale. Ce qui permit, ensuite, de joyeusement enculer les mouches et de diviser l'art en choses bonnes, vraies et belles (Platon, indépassable) et en choses fausses, laides et mauvaises. Sauf que voilà. Ce positionnement correspond aussi à ce que décrit Bourdieu dans Les Règles de l'art. C'est-à-dire que l'art pour l'art n'est rien d'autre qu'un artiste cherchant à gagner sa pitance en se faisant prêtre de quelque vérité inaccessible au commun des mortels. Et de là, l’aréopage de parasites (auteurs et critiques confondus) qui viennent dire ce qui est valable ou ne l'est pas.


Tout cela pour dire : oui, je trouve que Twilight, c'est de la merde. Mais c'est de la littérature, que nous le voulions ou non.

La littérature comme quête de sens [cette partie répondait à un lecteur qui tentait de définir ce qu'est la littérature en parlant de "quête de sens"]. La vie est une quête de sens. La littérature, un miroir que l'on promène le long d'un chemin (Stendhal, Le rouge et le noir, chap XIII). 'Nough said.

Blague à part, encore une fois, je pense qu'il s'agit d'une notion de valeur. Or, la valeur fausse considérablement les choses. La littérature, la peinture, la musique, en un mot, l'art, est. Avec toute la force existentialiste de ce verbe.

Je pense que l'art est fondamentalement gratuit. Certes, il est commercial, il peut être dirigé, motivé, il peut rapporter de l'argent, en faire perdre, etc. Mais l'art est, à mon avis, un geste de partage fondamentalement gratuit. Une balle envoyée vers l'Autre (pour le coup, la majuscule me semble inévitable) qu'il lui appartient de saisir ou non. Peu importe la définition de cet autre. Il était grec à une époque, noble à une autre, féminin en Angleterre vers le XIXème siècle, etc.

L'art est gratuit. C'est un don, qui espère un retour mais qui n'en attend pas. Qui ne rend rien obligatoire. C'est juste une lubie.

Alors, une valeur ? Il peut en revêtir des milliards. Mais il restera gratuit. Navrant que le système mercantile brise tout cela."

Cette intervention fut dense mais avait le mérite d'apporter de bons compléments à la question de la littérarité, à la définition de la littérature ou encore à l'utilité de l'art plus généralement. Il ne s'agit pas d'une réponse close et définitive mais d'une nouvelle pierre à l'édifice de la recherche.

Je tiens à signaler que Celim n'est pas un membre du bréviaire des vaincus. Il n'est donc en rien engagé dans la ligne éditoriale du blog ou de la maison d'édition. Il s'agit simplement d'un lecteur ayant réagi à un article et ayant apporté une réponse réfléchie et pertinente. Ce message est publié avec son autorisation.

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lundi 24 juin 2013

Recherche aide pour création d'une boutique en ligne + traducteurs

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Voici un nouveau billet consacré aux projets du bréviaire édition.

Le projet commence à prendre forme. Après un manuscrit envoyé, en cours de lecture, j'annonce fièrement un second livre que je risque de recevoir sous peu ainsi qu'une aide en tant que traducteur voire développeur web. Si je rédige ce nouveau billet, c'est pour vous parler plus spécifiquement de la boutique en ligne.


Je cherche en effet des expertises sur la création d'une boutique en ligne. Plusieurs propositions existent, Wordpress et son plug-in E-commerce, blogger et compagnie. Selon vous, quelle est la meilleure solution pour la vente d'ebooks ?

De plus, si dans l'assistance une personne est d'accord pour donner un petit coup de main, je suis preneur.

Autre annonce, je cherche des traducteurs. Plus spécifiquement des traducteurs de l'anglais/américain vers le français. Je souhaite créer une collection intitulée "Pulps" où l'on trouvera des ouvrages traduits, pour la première, en français appartenant à cette catégorie. Des romans de femmes fatales, de flics hard-boiled, etc. 

Tout travail mérite salaire, il sera donc possible de vous payer, pour les traducteurs par exemple, par rapport à un pourcentage sur les ventes de l'ebook traduit.

Pour tout contact, écrivez-nous à breviairedesvaincus@gmail.com

PS : J'ai ouvert un espace dons pour les âmes généreuses qui nous aideront ainsi à collecter des fonds permettant d'engager des collaborateurs talentueux.

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vendredi 21 juin 2013

Lecture du premier manuscrit : Bad Bite de Dimitri Bednarz

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Voici le premier billet de la partie édition numérique du site. Je tenais à distinguer ces écrits des critiques littéraires. En effet, contrairement aux billets "traditionnels", il sera plus ici question de communiquer autour des projets du bréviaire des vaincus, éditeur numérique, que de réfléchir autour de la littérature.

 Un exemple de pulp, ici la frange lesbienne

Vous l'avez probablement remarqué, le site est désormais scinder en trois (trois rubriques accessibles par des onglets situés tout en haut). Une partie, "critiques littéraires", où l'on retrouvera les articles réflexifs originels; une autre, "espace édition numérique", où se trouveront les articles sur nos projets comme le billet que vous êtes entrain de lire; et enfin une troisième partie, "boutique en ligne", qui vous dirigera vers la boutique en ligne vous permettant d'acheter les œuvres de notre catalogue.

Pour ce premier billet, je tenais à vous parler rapidement du premier manuscrit reçu. Il s'agit d'un roman pulp écrit en français se nommant : Bad Bite, The Almost John Bobbit Story de Dimitri Bednarz. Je suis en pleine lecture actuellement, je corrige progressivement afin d'échanger avec l'auteur dans le but de vous fournir un roman de qualité.

Si je devais résumer le roman par rapport au synopsis reçu, je dirais qu'il s'agit de l'histoire d'un homme au centre d'un fait divers qui va vivre un voyage hallucinant de Paris à Los Angeles via New-York et affronter des situations délirantes.

Plus qu'un long discours, voici quelques phrases choc qui donnent le ton :  « la nature a horreur du vide…sauf mes couilles. », ou encore «  Désormais, j’irai toujours causer business  un couteau entre les dents et une grenade dans chaque pogne .».

Après seulement quelques pages, je peux vous dire que ça déménage. Un roman explosif !

Si vous souhaitez éditer votre roman, votre recueil de nouvelles, de poésie ou vos écrits politiques, envoyez tout cela à breviairedesvaincus@gmail.com

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vendredi 31 mai 2013

Bande dessinée - Dans l'atelier de Fournier (Nicoby et Joub)

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Faire de la bd-documentaire est un exercice pour le moins périlleux. Le documentaire requiert des développements rigoureux qui passent, a priori, par de longues séquences textuelles. Bref, l'antithèse même de la bande dessinée qui est un art mixte où le texte ne doit pas dominer sur l'image.

J'ai souvent lu des tentatives ratées sur le sujet. Des commandes de tel ou tel ministère afin d'effectuer tel ou tel devoir de mémoire. Les bonnes intentions ne font pas les bonnes oeuvres, il faut encore trouver un bon dessinateur et un scénariste sachant habillement mener sa narration. 

C'est exactement ce que j'ai retrouvé dans l'excellente bande dessinée : Dans l'atelier de Fournier de Nicoby et Joub. Sous prétexte de fêter les 75 ans de Spirou, ce qui est un bon prétexte mais encore une fois n'est pas suffisant pour mériter l'achat, les deux compère se sont collés à une biographie/documentaire tournant autour de Jean-Claude Fournier, dessinateur un peu oublié aujourd'hui.


La force de cette bande dessinée, c'est justement de ne pas oublier qu'il s'agit d'une bande dessinée. La narration se veut fluide, la lecture est rapide, les moments graphiques ne manquent pas. Il serait trop facile, et fastidieux pour le lecteur, de coller des tartines de texte illustrées avec plus ou moins d'intelligence. La narration est donc à la hauteur comme l'idée directrice qui sert de fil rouge à Nicoby et Joub. C'est d'ailleurs ce fil rouge qui constamment dynamise l'action et permet une conduite du récit joyeusement dynamique et didactique.

En fait, Nicoby et Joub se mettent en scène. Les deux hommes se rendent en Bretagne pour rencontrer Jean-Claude Fournier afin d'en savoir plus sur sa vie dans le but de créer une bande dessinée. La mise en abyme est simple mais efficace, on suit ce périple qui va rapidement devenir un échange oral où les tirades de Fournier permettront de s'étaler sur tel ou tel aspect de son existence.


Les hommes sont en mouvement, perpétuellement. Ils prennent la voiture, s'arrêtent un temps pour manger mais déambulent à nouveau dans le port avant de revenir jusqu'à Fournier pour discuter à nouveau et repartir. Point d'enchaînements pénibles de gros plans au coin du feu, Nicoby et Joub arrivent à donner au lecteur une sensation de vitesse et d'empressement. "On n'est que de passage" semblent-ils nous dire. 

Malgré cette rapidité de la narration, insufflée par le fil rouge évoqué plus haut, on en apprend beaucoup sur Fournier. Reprenant à 24 ans la saga Spirou, il a soutenu la série pendant 10 ans, prenant la difficile succession de Franquin, admiré de tous. Fournier, c'est également Bizu, petit personnage dont l'inspiration principale reste la Bretagne et ses mythes. 

Jouant du collage et du photomontage, Nicoby et Joub insèrent au fil du récit, et non dans des annexes dantesques et immangeables, des éléments d'époque comme des calques de Franquin, des épreuves de Fournier, des affiches réalisées pour le festival de Saint-Malo : Quai des bulles, etc.


Au-delà de l'envie de lire Fournier l'album achevé, l'objectif est rempli, Nicoby et Joub nous poussent à réfléchir à la difficile condition de dessinateur. Un dessinateur, âgé, peut décider d'arrêter (Gotlib) ou poursuivre dans la même voie, insatiable travailler de fond (Gos continuant avec son fils sa série Le Scrameustache). Capitaliser sur ses oeuvres antérieures et arrêter de produire, ou continuer sur sa voie sans se remettre en question. Fournier est un cas atypique puisqu'il a décidé, à plus de 60 ans, de "commencer une nouvelle carrière" comme il aime à le dire.

 Les Chevaux de vent

Avec sa série Les Chevaux de vent, ce n'est pas simplement une nouvelle série qu'il attaqua mais un nouveau cap. Fin des "gros nez", ces dessins humoristiques aux proportions tronquées, début du dessin réaliste avec coloration directe (aquarelle). Se remettre en cause à un tel âge, se remettre au travail et garder l'esprit d'un débutant fougueux, il s'agit bien d'une voie difficile mais ô combien louable. Même si l'on n'apprécie pas le travail de Fournier sur Spirou, ce qui est globalement mon cas (Fournier est un graphiste magnifique, audacieux (crayonné, colorisation unique...), mais un scénariste détestable), on ne peut qu'être admiratif de cette remise en question à un âge si avancé. Il s'agit là d'un esprit jeune, comme quoi la jeunesse ça n'a rien à voir avec l'âge.

Dans l'atelier de Fournier, de Nicoby et Joub (Dupuis)



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jeudi 16 mai 2013

Annonce - le futur du bréviaire

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Bonjour à tous,

Le bréviaire des vaincus fonctionne un peu au ralenti depuis quelques temps. Je vous rassure tout de suite, tout cela n'est que provisoire. Fin juin/début juillet, le site reprendra un rythme de publication plus décent, soutenu donc, mais surtout se lancera dans de nouveaux projets.

Ce message est donc un peu particulier. En effet, je souhaite transformer le bréviaire en un projet plus ambitieux. Je souhaite poursuivre le travail d'écriture et de réflexion tel qu'il existe depuis le début. Autrement dit, des chroniques de livres, des articles thématiques, autant d'éléments pour penser et diffuser la culture littéraire française et internationale. Cet aspect connaîtra également des modifications comme des principes à suivre, plus rigoureusement, une démarche précise.

La grande nouveauté va tenir dans l'aspect éditorial du bréviaire. Je souhaite en effet me lancer dans le monde de l'édition. Attention, il ne s'agit pas de devenir le nouveau Gallimard mais de proposer des œuvres exclusivement numériques (pour tablettes, smartphones avec applications de lecture) originales (des traductions inédites) ou repensées (livres enrichis dans l'idéal pour Ipad d’œuvres classiques, pour tablettes Android, etc.).


Je souhaite également faire découvrir de nouveaux auteurs en proposant leurs livres au format numérique mais également en diffusant, petit à petit, leurs écrits. Une sorte de prépublication sur le bréviaire.

N'ayant pas de grands moyens financiers, l'entreprise éditoriale du bréviaire va donc commencer, je pense, par l'obtention du statut d'auto-entrepeneur. Ce statut me permettra de vendre, à des prix bas, les livres numériques. Je ne souhaite pas proposer des prix prohibitifs mais des prix réellement attractifs, l'objectif premier n'étant pas de vivre de cette activité mais de diffuser des œuvres originales et de qualité. Tout cela pourra évoluer mais il s'agira, dans un premier temps, d'une entreprise modeste mais passionnée.

Cette annonce est également l'occasion pour moi de lancer un appel. Je cherche donc de nouveaux auteurs (non publiés) acceptant de diffuser sous forme d'extraits leurs œuvres voire leurs récits en intégralité au format numérique. Je cherche également des graphistes motivés qui accepteront de travailler sur des projets de livres enrichis à partir d’œuvres du domaine publique (style Jules Verne, un exemple comme ça). Je cherche également des chroniqueurs acceptant de livrer un travail réflexif égal à ce que l'on peut lire dans les chroniques pour proposer plus de contenus aux lecteurs. Je cherche également des traducteurs qui voudront bien traduire des œuvres étrangères comme des pulps américains en français.


Pour le moment, la question de la rémunération est complexe. Il s'agira dans un premier temps d'un pourcentage par rapport aux ventes de chaque produit. Il est évident que la majorité du bénéfice ira aux acteurs moteurs (le traducteur pour une oeuvre traduite, le graphiste pour un livre enrichi...). En choisissant le statut d'auto-entrepeneur, vous pourrez vendre légalement ces œuvres. On peut être auto-entrepreneur tout en ayant un travail à temps plein à côté (il faut simplement que les revenus dégagés par cette activité ne dépassent pas ceux de votre activité principale). Pour une introduction en douceur, cliquez sur ce lien

Le bréviaire a déjà trois ans. Désormais, le site roule tranquillement autour de 10 000 visiteurs par mois. Ce n'est qu'un début. Avec ces nouveaux projets, le site va grandir et proposer une voie originale dans le monde de la littérature numérique.

N'hésitez pas à me contacter, pour plus d'informations, sur breviairedesvaincus@gmail.com

J'attends vos mails avec impatience, à bientôt !


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jeudi 25 avril 2013

Manga - Une vie dans les marges (Yoshihiro Tatsumi)

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Souvent, les auteurs de bandes dessinées se livrent à une grande introspection lorsqu'ils atteignent un grand âge. L'approche de la mort amenant un sentiment d'urgence dans leurs esprits, on observe régulièrement une floraison d’œuvres personnelles, nostalgiques, retraçant plus ou moins fidèlement un passé qui semble bien lointain.


On pourrait citer Inside Moebius, série en six tomes de Moebius qui revient sur son œuvre à coup de dialogues et de clins d’œil visuels. On pourrait également évoquer, du côté du manga, La Vie de Mizuki de Shigeru Mizuki qui se met, dès les premières pages du tome 1, en scène, vieux narrateur, pour annoncer le programme de ce récit en plusieurs morceaux.

Seulement, pour ce nouveau billet consacré aux mangas, j'ai décidé de me focaliser sur une autre grande figure de la bande dessinée japonaise : Yoshihiro Tatsumi et son diptyque Une vie dans les marges.



Il serait difficile, fastidieux, et pas forcément intéressant, de résumer ces deux gros tomes parus aux éditions Cornélius. Ce qui intéresse dans ces deux gros volumes, c'est à la fois le récit d'une destinée (un enfant qui deviendra mangaka) que la vision d'un pays en pleine reconstruction (le Japon d'après-guerre).

Tatsumi, grand mangaka réaliste, hautement pessimiste (il suffit de lire les histoires de L'Enfer pour le comprendre), raconte cette fois-ci non plus l'histoire tragique de Japonais ordinaires, frustrés, subissant les violences du quotidien, mais sa propre histoire. Une histoire pas forcément éloignée de la masse.

Tatsumi mêle allègrement au fil des deux tomes la grande Histoire et la sienne. Ce jeu d'échos permanents, on passe de l'une à l'autre ou l'une se retrouve dans l'autre, nous donne à voir le destin d'un jeune Japonais, issu d'une famille modeste pour ne pas dire pauvre, se construisant petit à petit, à la force du poignet. Tatsumi envoie ses petites histoires dans des journaux, se fait publier dans des petites maisons d'édition puis dans des plus importantes, s'engage dans des aventures journalistiques, etc.


Ce destin, c'est le témoignage d'un autre temps. Certes, les magasines prépubliant des mangas sont encore nombreux au Japon (Shonen Jump, etc.) mais le monde que nous fait voir Tatsumi, c'est celui des débuts du manga moderne. Les grands magasines que l'on connait désormais naissent peu à peu, c'est encore un monde de l'artisanat où chacun œuvre à tous les étages, un monde de la débrouille, globalement fauché.

Tatsumi a vécu cette naissance, de l'artisanat à l'industrialisation d'un secteur culturel et économique. Une naissance qui fait écho à la (re)naissance du Japon d'après-guerre. Le Japon a perdu la IIème Guerre Mondiale, est sous tutorat américain et a vu plusieurs villes détruites. De cette misère ambiante, de ce pays semi-détruit va émerger un pays neuf, alimenté par des capitaux étrangers.

Yoshihiro Tatsumi, enfant de l'ancien Japon, encore globalement isolationniste, très rural, assiste aux mutations de son pays. Un pays qui accueille les cultures étrangères (le cinéma français, américain...), qui urbanise à tout va. Le Japon renaît, dans la continuité et le changement. 

Ce vieux mangaka, 77 ans pour cette année 2013, nous raconte dans Une vie dans les marges deux naissances. La sienne en tant que dessinateur et celle de son (nouveau) pays. Il grandit professionnellement comme son pays tel le phénix qui renait de ses cendres.

Tastumi fondera dans ses jeunes années le gekiga, ce courant du manga qui se veut plus mature, bouleversera ce monde de la bande dessinée japonaise mais toujours avec modestie, l'envie du travail bien fait, comme un artiste qui n'a jamais cessé de faire son art pour l'amour de ce dernier et non de l'argent. Un artiste désintéressé, insatiable artisan du pinceau.


Une vie dans les marges de Yoshihiro Tatsumi (Editions Cornélius)

 
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lundi 15 avril 2013

Eric Hazan et la LQR

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Un système, donc un schéma de domination pour notre exemple, se maintient par une acceptation plus ou moins forte de la majorité. C'est parce que le plus grand nombre plébiscite ou accepte dans le silence, qu'un système, même mauvais, ne s'écroule pas. 
Pour qu'un système se maintienne en place, l'élite qui en tire le plus parti (élite politique, économique, culturelle...) prendra soin de manipuler la masse (nécessaire comme on vient de le voir, le soulèvement de la masse c'est le renversement de l'élite) entres autres en usant d'un vocabulaire précis.
 Eric Hazan
Georges Orwell parlait de "novlangue" dans 1984, Victor Klemperer parlait pour la stratégie linguistique du IIIème Reich de Lingua Tertii Imperii. Eric Hazan suit l'exemple de Klemperer et qualifie la nouvelle langue au service d'un système (système néo-libérale à la française pour la faire courte) sous l’appellation LQR (Lingua Quintae Reipublicae).
Les mots sont là pour évoquer des réalités. En choisissant précisément les mots à employer, on ne modifie pas dans le réel la situation, on la travestit aux yeux et aux oreilles des auditeurs. Par exemple, on parlera en linguistique des "mots occultant" pour désigner ces expressions qui traduisent avec euphémisme des réalités souvent cruelles. On ne dira pas "un aveugle" mais un "non-voyant". Au final, la personne ne voit pas plus mais l'interlocuteur se sent probablement plus en paix avec lui-même, il n'a pas rajouté de la violence à la souffrance originelle (tartufferie absolue).
Dans l'extrait ci-dessous, Eric Hazan se focalise sur le vocabulaire lié à la question économique (la croissance), qui est forcément liée à la politique. En quelques phrases, Hazan décortique toute la "vulgate néolibérale". Qu'on se le dise, les mots ne changent pas la réalité, ils la font voir d'une certaine manière. D'où la nécessité de ne pas se fier trop aux beaux discours d'une élite médiatique. Au-delà des mots, il y a des hommes, des carrières et des idéologies défendues, des réseaux aussi. A nous de relier ces mots à ces réalités plus souterraines pour comprendre les raisons d'un tel usage. Les mots ne sont qu'une vitrine.
"Comme il n’est pas possible de convenir ouvertement du caractère imprévisible de la croissance, la LQR utilise des métaphores tantôt météorologiques (« coup de froid »), tantôt aéronautiques (« le trou d’air »). La croissance tient une grande place dans la LQR pour deux raisons. La première est le caractère magique des données chiffrées, qui confère aux énoncés les plus invraisemblables ou les plus odieux une respectabilité quasi scientifique.
La seconde raison qui fait l’intérêt « politique » de la croissance est son caractère mystérieusement incontrôlable. Elle est la principale des contraintes extérieures sur lesquelles on ne peut rien sauf en déplorer les effets rétrécissant sur la marge de manœuvre.
L’ascension de la croissance à un statut de masque magique témoigne de la décadence de la pensée et du vocabulaire économiques depuis 30 ans. Mener des réformes pour sortir de la crise, si non pas Dieu, mais la croissance le permet, telle est la conduite prônée par les experts, approuvée, par les financiers et mise en pratique par les politiciens. C’est pour donner à ce faux-semblant un vernis de respectabilité que l’on a crée de Hauts Commissariats, de Hauts Conseils, de Hautes Autorités…
Les euphémismes de la langue vectrice de l’idéologie néolibérale en France ressemblent aux discours tenus en Union soviétique dans sa phase terminale. Parmi les mots-masques, les composés en post- constituent un sous-groupe important : le préfixe post donne à peu de frais l’illusion du mouvement là où il n’y en a pas. Post-colonialisme, par ex, expose au danger d’oublier ou de faire oublier que le pillage continue après les changements d’étiquettes dans les pays en développement.
Selon la vulgate néolibérale, nous vivons dans une société post-industrielle. Faire disparaître l’industrie a bien des avantages : en renvoyant l’usine et les ouvriers dans le passé, on range du même coup les classes et leurs luttes dans le placard aux archaïsmes. Qualifier d’offensive, une réoccupation motorisée du nord de la bande de Gaza ou des raids américains sur les villes irakiennes. C’est occulter que ces actions menées avec des chars et des avions visent essentiellement des populations civiles."

LQR, d'Eric Hazan, éditions Raisons d'agir
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